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Design algérien : Ça bouge !

De l’exposition au musée du Design africain de Johannesburg organisée par Hellal Zoubir et l’AARC (du 23 janvier au 3 avril 2016) à celle de la Triennale de Milan (2 avril au 12 septembre 2016) inaugurée par le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, le design algérien prend désormais place dans l’espace public international.

Les enjeux sont importants : outre la visibilité, et donc la publicité que ces expositions donnent aux designers algériens, ces expositions internationales posent la question des conditions d’accès des créateurs algériens à ces scènes internationales et de leur place dans la société.

Ces vitrines ne doivent pas faire oublier que, même s’il existe un milieu de designers algériens dont les créations peuvent susciter l’intérêt d’acheteurs, les possibilités de développement de ce secteur se heurtent à deuxfreins: absence de production industrielle et absence de documentation.

Néanmoins, grâce en partie à la formation aux métiers d’art et aux techniques traditionnelles assurée par les Ecoles des beaux-arts,savoir-faire originaux et mémoire de formes, de motifs peuvent nourrir les designers contemporains sans pour autant les amener à cultiver le passéisme. Leur participation aux expositions internationales montre aussi le réinvestissement possible des arts traditionnels dans la modernité.

L’objectif de la XXIe édition de la Triennale de Milan, intitulée 21st Century Design After Design est de s’interroger sur «le design dans un monde globalisé». Depuis 1923, la Triennale de Milan accueille les arts décoratifs, auxquels s’ajoutent depuis 1933 des projets relatifs à l’architecture et aux questions d’urbanisme.

Pour la première participation de l’Algérie à cette manifestation prestigieuse dédiée à la modernité, on note la présence au musée des technologies Léonard de Vinci -à côté des 19 designers réunis par Hamid Kouache et exposant mobilier et objets (meubles Sans Bagages de FerielGasmi, sièges Linea de Walid Drouch, lampe El Wadaa de JamelMatari, luminaires Safri de Idir Messaoud, de Leila Mameri ou de Mouna Boumaza, ustensiles du quotidien comme l’ensemble en cuivre de HamidaBenmanssour etc.)- de 11 architectes présentant leurs projets : parmi ceux-ci figurent des projets de réhabilitation (anciennes galeries algériennes devenues le MAMA), de restauration (palais royal de la dynastie zianide conduit par ChialiAbdessamad), des projets écologiques (village de Remila conçu par Aguerabi Bachir ), urbanistiques (Nouh Ahmed : projet des 1018 logements sociaux participatifs à Ksar TafilitGhardaia ; Baba Ami Ahmed : projet Ksar Tinemmirine et Tawanza à Ghardaia -architecture de pierre et terre-)et enfin touristiques (on retiendra notamment le projet Ibrahim Naim  d’aménagements de grottes à Timimoun).

Quand esthétique et fonctionnalité vont de pair, le pari de la conciliation entre tradition et modernité, thème de la participation algérienne, est gagné ou sur le point de l’être : la XXIe édition de la Triennale de Milan montre la capacité de l’Algérie à répondre  désormais à l’invitation des organisateurs d’une grande manifestation internationale dans ce domaine.

La journée de l’Algérie à la Triennale

Au sein de cette XXIe édition, la journée du 2 août a été consacrée à l’Algérie. Ouverte à la fois par le président de la Triennale, M. Claudio De Albertis, et le consul d’Algérie à Milan, elle a privilégié deux projets : l’œuvre du designer international Yamo et la restauration d’une friche industrielle destinée à devenir un lieu pour l’art contemporain en plein centre d’Alger, les Ateliers sauvages. Les objets de Yamo sont présents dans plusieurs grandes collections du monde occidental (MoMA, Centre Pompidou….)

La vision de l’artiste formé initialement aux beaux-arts d’Alger puis aux arts décoratifs à Paris est  marquée par l’artisanat algérien comme le montre la console IMRAT (éditée par Ceccotti). Résolument moderne, le design de Yamo illustre dans le mobilier et les objets l’alliance réussie de la tradition et de la modernité. Quand la mémoire va de pair avec la fonction, le design s’écarte du risque du néo-orientalisme racoleur.

Même rigueur, même souci de modernité et de respect du patrimoine dans la restauration de la friche des Ateliers sauvages: les travaux sont conduits par deux femmes, WassylaTamzali, maître d’ouvrage, conceptrice du projet  sous ses aspects architecturaux et culturels et FerielGasmi, architecte et designer. FerielGesmi a présenté le programme architectural, la distribution des espaces, espaces de travail, d’exposition, de débat et résidentiels. Les Ateliers sauvages accueilleront  dès septembre les premiers artistes qui pourront trouver dans ce lieu le temps de la maturation de projets artistiques ou culturels.

WassylaTamzali a expliquéavec conviction la conception globale du projet dicté par deux intérêts profonds : l’amour d’une ville, Alger, ce qui explique le choix d’une friche au centre ville, rue Didouche, le désir de participer à la conservation du patrimoine urbain, d’une part, la volonté de créer un lieu qui soit un bouillon de culture, d’autre part. La mise en valeur des structures métalliques du bâtiment dans la restauration (ce type de construction se rencontre assez fréquemment dans les immeubles du centre ville) est le symbole d’une modernité qui s’appuie sur la conscience patrimoniale.

En cela, le design est à même d’opérer cette synthèse longtemps recherchée entre préservation du savoir-faire et adaptation à la vie contemporaine : conçu comme métier à part entière, le design doit faire bouger les formations, amener à valoriser davantage les métiers d’art et à introduire l’histoire du patrimoine, ce serait aussi l’occasion de repenser la chaîne de production.

Source: Elwatan le 04-09-2016

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