Détournement de logements sociaux à Alger: Les élus soupçonnés

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Plus de 13 000 recours ont été enregistrés par les services de la wilaya, sans compter les centaines de résignés acceptant, la mort dans l’âme, leur sort.

Ce chiffre, représentant près du tiers des demandes satisfaites en relogement depuis juin 2014, soit environ 42 000 familles, est assez éloquent pour exprimer l’ampleur de la contestation en matière d’attribution du logement social dans la capitale. Et si la wilaya, malgré elle, joue au pompier en tentant d’apaiser la fronde par le système des recours, le bon sens est interpellé en revanche sur le volume des contestations qui accompagne chaque opération de relogement. Bien sûr, on ne peut nier l’existence de tricheurs rapidement débusqués lors du premier sas de l’étude des dossiers. Par contre, beaucoup de familles vivent l’exclusion avec un sentiment de «hogra».
Une trahison qu’elles n’hésitent pas à mettre sur le compte des élus locaux. Exclues du bénéfice d’un toit décent qui mettrait fin à leur situation de misère, ces familles clament haut et fort avoir été flouées par ceux-là mêmes qui leur ont fait de belles promesses lors de l’échéance électorale avec la complicité des comités de quartiers. Montrer du doigt des élus est certes une grave accusation quand on n’a pas de preuves. Mais comme il n’y a pas de fumée sans feu, ce qui n’était que rumeur a fini par devenir réalité.
Les choses ont pris ces derniers temps une tournure telle qu’elle a suscité l’intervention du chef de l’exécutif de la wilaya ordonnant une enquête à ce sujet. C’est ainsi que des sources affirment qu’une brigade de la sûreté de wilaya d’Alger spécialisée mène actuellement des investigations d’envergure au niveau des communes concernées. Il y a lieu de rappeler à ce propos que des têtes sont déjà tombées suite à des manigances constatées dans l’attribution des logements sociaux.
Des maires relevés de leurs fonctions par arrêté du wali d’Alger suite à leur implication dans ce genre d’affaire prouvent, on ne peut plus clair, que le ver est dans le fruit.
Abdelkader Zoukh a eu à cet égard le nez creux puisque les premiers résultats ont abouti à la mise en cause de certains élus. Ses services avaient auparavant attiré son attention sur une gestion peu orthodoxe du dossier logement social par des collectivités locales. C’est ainsi que les investigations ont permis de mettre à l’index des cadres issus des APC de Reghaïa, Bologhine, Kouba ou encore El Mersa. Les maires de ces communes ont été suspendus par le wali par mesure conservatoire. Le coup de pied dans la fourmilière a révélé en effet la présence d’un réseau spécialisé dans le «crime organisé» qui active sous le couvert de l’administration officielle.
La fronde ayant suivi le relogement des familles d’El Hofra à Oued Smar est un exemple concret de cette situation dont un cadre du cabinet du wali délégué d’El Harrach s’est illustré comme un des meneurs du trafic des listes des bénéficiaires. Ce dernier ne serait, selon l’enquête, pas à sa première incartade, et son nom figurerait en tête des mis en cause dans l’affaire du relogement des familles du site Bateau Cassé à Bordj El Kiffan où étaient également impliqués des cadres des APC de Oued Smar, Bourouba et El Harrach. L’enquête a révélé que ces derniers avaient introduit les noms de leurs proches sur les listes des bénéficiaires en excluant carrément des familles méritantes.
Alors que l’enquête suit son cours, il y a lieu de noter que 23 affaires de trafic de logements sociaux ont été enregistrées au niveau de la capitale depuis le début de cette année. Il reste à espérer que le wali Zoukh réhabilite les familles exclues abusivement en les relogeant lors de la prochaine opération prévue durant le mois en cours.

Source: Le temps le 03-12-2016

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