Au cours du plan quinquennal 2014-2019, il est prévu la réalisation de 230 000 logements AADL dont 60 000 à Alger et 150 000 logements LPP, soit près de 400 000 logements destinés aux couches moyennes.

Les responsables du secteur ont affiché à plusieurs reprises l’engagement de réaliser ces logements dans un délai de 24 mois. Les logements seront livrés aux bénéficiaires en 2016, ont-ils insisté. La question est de savoir si cet engagement sera tenu. Au regard des avis exprimés par plusieurs opérateurs du secteur,  on ne peut qu’en douter, en raison de contraintes qui ne sont pas encore levées.
La question est de savoir si les leçons du programme de 55 000 logements AADL, qui ont pris plus de dix ans pour être achevés, seront retenues. Rappelons que la réalisation dans les délais de ce programme a souffert du mauvais  choix des entreprises, de la mauvaise organisation des chantiers, du problème de foncier (l’AADL obligée de retenir des terrains difficiles à l’origine d’énormes surcoûts) et des lenteurs dans la distribution des logements.
À Alger, par exemple, l’AADL éprouve des difficultés à obtenir des terrains pour réaliser les 60 000 logements AADL (programme AADL bis), indique une représentante de l’agence rencontrée au salon Batimatec. Pour l’heure, environ 10 000 logements ont pu être lancés dans la capitale.  L’outil de réalisation constitue l’autre limite. Peu d’entreprises algériennes ont la capacité de réaliser dans les délais, et en respectant les coûts et les normes de qualité, 1 500 à 10 000 logements par an. Solution : le regroupement des entreprises publiques et/ou privées dans de grands groupes de construction. Mais cette restructuration du secteur n’est pas encore mise en œuvre. L’Algérie devra donc recourir en partie aux entreprises étrangères et regrouper les moyens nationaux si elle veut réaliser ces programmes dans les délais. Autre obstacle : une série de contraintes qui freinent les entreprises du secteur : accès difficile aux matériaux de construction, l’insuffisance de la qualification de la main-d’œuvre, les relations difficiles avec les banques, les limites dans l’organisation du travail induit par un déficit de compétences techniques. Il convient donc de remédier à ces insuffisances pointées du doigt lors de la dernière tripartite.
Par ailleurs, des opérateurs posent le problème du prix du mètre carré. “On ne peut pas se lancer dans ces programmes de construction avec un prix du mètre carré de 30 000 dinars. On rentre dans nos frais avec au moins 45 000 dinars à 48 000 dinars le mètre carré”, confie un  représentant d’un opérateur faisant partie de la short list des entreprises retenues par le ministre de l’Habitat pour construire ces centaines de milliers de logements. Il ajoute que des entreprises chinoises font du dumping en Algérie, la qualité n’est pas au rendez-vous. “La durée d’un logement est de 30 à 50 ans. Nous ne pouvons nous engager dans la construction de logements qui seront moins durables avec ce prix du mètre carré. Nous avons l’image de la société à défendre”, observe-t-il.
Cette préoccupation est partagée par nombre d’entreprises short listées par le ministère de l’Habitat. Cette situation renvoie à une lacune observée dans le programme AADL 2001-2002 : une grave insuffisance dans le contrôle et suivi des travaux, d’où des malfaçons, des matériaux utilisés ne répondant pas aux normes de qualité.
À cela s’ajoute le problème de la distribution des logements qui allonge les délais de réalisation. On a assisté à des cas de retard de distribution de logements alors que les appartements sont achevés depuis six mois – un an.
Nous voyons qu’achever ces logements en 2016 paraît un chantier difficile. Il faudra une volonté forte de l’État associée à une vigilance de la société civile pour que ce rêve devienne, enfin, réalité.

Source : Liberté