Cela s’est passé durant les années 2000. À l’époque, la politique générale du gouvernement était axée sur la protection de l’environnement. Ce fut la course contre la montre pour éradiquer les sachets noirs qui noircissaient les paysages, tant dans nos campagnes que dans nos villes. Il était même question de bannir cette couleur, même quand elle provenait des matières premières, puisque l’origine de ce bannissement était liée au fait que l’on fabriquait les sachets noirs à partir des matières plastiques recyclées, et non contrôlables.
Pendant cette période, les opérations de ramassage des sachets noirs se faisaient le plus souvent à coup de grands tapages médiatiques, en faisant appel aux enfants et aux scouts musulmans. Des gamins qui sont embarqués à bord de bus vers des quartiers de la ville de Bouira les plus sales, où les sacs noirs se trouvaient partout. Sur les fils électriques, les branches des arbres, les toits des maisons, et bien sûr, jonchaient les sols et les trottoirs, au gré des vents, dans des espaces «nus» que l’on appelle abusivement «espaces verts» alors qu’il n’y avait de vert que le nom.
Durant l’une de ces opérations, la ville s’était vraiment débarrassée de ces «intrus» ; des centaines de sacs poubelles avaient été remplis. En fait, les volontaires, ont tout nettoyé sur leur passage, pas seulement les « squatteurs ». Car, la ville, contrairement à ce que l’on pouvait penser, n’était pas d’un coup devenue propre, mais, est toujours ornée de sacs de toutes les couleurs sauf… le noir.
Les pauvres enfants, tout innocents qu’ils étaient, avaient suivi les consignes à la lettre : ils ont ramassé les sachets noirs mais pas les autres. La politique actuelle de développement local des pouvoirs publics, du moins à Bouira, dont l’objectif est la prise en charge des préoccupations citoyennes, ressemble à s’y méprendre, à cette histoire : à trop vouloir s’occuper des zones ombrées, l’on a fini par oublier les zones «éclairées».
À force de jeter toutes leurs énergies sur les zones d’ombre, les responsables qui appliquent à la lettre les directives des hautes autorités du pays, à commencer par le président de la République qui a fait de la question son cheval de bataille, les autres régions sont oubliées. Au point où même le chef-lieu de wilaya est déclassé et laissé à l’abandon.
En effet, il suffit de faire un petit tour dans la ville de Bouira, ou dans les quatre principaux chefs-lieux de daïra, pour constater de visu cet abandon. Et pour s’en convaincre, il suffit de faire un saut du côté du siège de la wilaya un jour de semaine, ou plus spécialement le mardi, pour écouter les doléances de ces centaines de citoyens qui viennent quotidiennement pour dénoncer ce laisser-aller. Des gens qui réclament l’achèvement des projets de logements LPA datant de 2013, et même de 2005, d’autres, qui exigent la remise des clés, ou un meilleur positionnement par rapport à leur lieu de résidence, s’agissant des logements AADL ou location-vente. D’autres encore supplient le wali pour l’affichage des listes de logements sociaux achevés, mais non encore attribués. Beaucoup rappellent leur calvaire quant à leur rare approvisionnement en eau potable alors qu’on pensait que la wilaya qui recèle un potentiel hydrique des plus importants à l’échelle nationale, des dizaines pour ne pas dire des centaines de villages n’en sont toujours peu ou pas alimentés. Bref, la dégradation de la situation est telle, que même le ramassage des ordures ménagères au chef-lieu de wilaya, se retrouve des plus défaillants, avec le retour naturel des moustiques, des mouches, des rats d’égout, et bien sûr, des odeurs nauséabondes qui se dégagent des poubelles et qui débordent à cause du retard accusé pour l’enlèvement des immondices. Ainsi, des sachets éparpillés, éventrés partout pullulent toujours dans la ville, massacrant, ainsi, le paysage.
Et avec tout ce décor peu reluisant, on y ajoutera le gel de tous les projets de développement dont le plus important, au niveau de la ville de Bouira, est le plan de rénovation de l’ancien tissu urbain, communément appelé l’ancienne ville et son principal boulevard, qui va depuis le carrefour du pont Sayah jusqu’à celui de Haïzer. Une réalisation que l’ancien wali Ali Bouguerra avait entamé, mais que tous ses successeurs, quatre en tout, ont carrément délaissé, offrant au chef-lieu de wilaya, une image des plus hideuses agressant le regard du visiteur.
Y. Y.

Elwatan du AZIZ KHAROUM 27 AOÛT 2020 À


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