ALGER– Des mères de famille désemparées depuis l’effondrement en 2013 de leur maison au 19 de la rue Maupasen dans la Casbah d’Alger font le siège de l’ogbec exigeant un toit définitif ou à titre temporaire. Devant les lenteurs des travaux de restauration, de nombreuses familles de la vieille cité vivent la même angoisse au quotidien.

“Malgré des étaiements, supposés des plus solides, pour la soutenir, notre maison s’est écroulée sur nos têtes”, affirme, amère, une des habitantes de cette maison en attente de restauration, qui ne sait pas encore “quel sera (son) refuge pour la nuit”.

Ces scènes n’ont rien d’exceptionnel au siège de l’Office de gestion et d’exploitation des biens culturels (Ogebc), un organisme devenu, faute de mieux, le point de chute de propriétaires se plaignant de travaux “inappropriés” ou de la “trop longue attente” des opérations de restauration de leurs maisons menaçant d’engloutir leurs occupants à tout moment.

Quelque six cents (600) maisons mauresques, éligibles à la restauration, résistent tant bien que mal aux affres du temps, en attendant des travaux annoncés et qui “se font attendre faute de vision, de moyens humains et de coopération multisectorielle”, expliquent des architectes- deux ans après l’adoption en mars 2012 du Plan permanent de sauvegarde de la Casbah d’Alger.

L’attribution, en 2013, d’une première enveloppe financière de 27 milliards de dinars avait nourri les espoirs, vite évaporés, des habitants qui regardent leurs maisons “dépérir de jour en jour”, rongées qu’elles sont par un “mal à l’issue fatale”, finissent par lâcher les plus optimistes d’entre eux.

Pour compléter ce tableau sombre, les quelque 400 parcelles vides (17% du parc immobilier de la cité) et les 120 bâtisses en ruine, menacent aujourd’hui la solidité de l’ensemble du tissu urbain pour lequel aucune mesure urgente ne semble être décidée, à l’exception d’une cinquantaine de parcelles “bientôt reconstruites en priorité”, selon le directeur de l’Ogebc, Abdelwahab Zekagh.

Au plan administratif, les habitants se sont retrouvés “ballottés” entre l’Office de gestion et d’exploitation des biens culturels (Ogebc) et l’Agence nationale des secteurs sauvegardés (Anss), un organisme non encore opérationnel.

C’est que le relogement définitif ou temporaire des habitants de la Casbah et qui entrave sérieusement la restauration des bâtisses, légalement occupées ou squattées mais devant être évacuées, dépend d’une commission mixte du ministère de la Culture et de la wilaya d’Alger qui entend réétudier les dossiers.

Rencontrés au siège de l’Ogebc, des habitants de la Casbah, lassés par cette situation, refusent de “renouveler (leurs) doléances auprès d’une succession d’offices et d’institutions”, ressassant inlassablement leurs déboires et exigeant l’ “avancement concret” des travaux de restauration.

La propriétaire d’une maison à moitié effondrée maintenant, s’est résolue, de guerre lasse, à vendre son bien à un repreneur –“privé” précise-t-elle– “pour ne pas avoir à le brader”, les prix proposés au rachat par l’Etat étant “dérisoires par rapport au marché de l’immobilier”.

Entre-temps, les Douirete (maisons) de la Casbah continuent de reposer, pour les plus chanceuses, sur des poutres d’étaiement en bois, autant de béquilles entamées par l’humidité.

Le constat est manifeste et se résume à ceci: chaque jour des amas gravats de maisons “fraîchement” effondrées viennent obstruer un peu plus le dédalle de ruelles pavées de la cité où les habitants ont perdu leurs repères spacieux.

Insuffisances techniques et manque de savoir-faire

L’autre obstacle de taille à l’application du Plan de sauvegarde qui devait être entamée dès 2012 réside dans l’absence d’architectes restaurateurs et d’experts en monuments historiques, deux spécialités que n’assurent ni l’université ni les centres de formation professionnelle.

Les palais de la basse Casbah, déjà restaurés, témoignent, s’il en est, des “insuffisances techniques et du manque de savoir-faire dans ce domaine”, relèvent des historiens et des archéologues.

Restaurés il y a moins de dix ans, ces palais, transformés en sièges d’administration pour certains, présentent déjà des signes de fragilité apparents, sans parler de l’esthétique ou des finitions, pas toujours réussies.

Plus ambitieux, d’autres travaux, délicats, sur les infrastructures comme la voirie, le système d’assainissement ou l’alimentation en eau potable et en énergie, sont encore au stade de l’étude.

Prévus par le Plan de sauvegarde, ils relèvent presque de l’impossible pour les habitants de la Casbah d’Alger, échaudés qu’ils sont par les expériences passées, dont aucune n’a pu, pour l’heure, sauver leur cité d’un déclin  inexorable.

Ce que prévoit le plan de sauvegarde et de mise en valeur

Le plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur de la Casbah d’Alger, fruit d’une dizaine d’années de travail d’architectes et urbanistes a été adopté en mars 2012 par les pouvoirs public sous forme de texte de loi pour réglementer les opérations de restauration.

Doté d’une enveloppe de 90 milliards de dinars, le plan prévoit de redonner à la Casbah d’Alger son visage originelle, en insistant sur les sites historiques, tout en proposant une solution définitive alliant la protection d’une cité à la valeur hautement historique et culturelle au maintien d’une partie de la population qui l’habite de façon permanente depuis plusieurs générations.

Selon ce plan, il est prévu de reconstruire “à l’identique” les quelques 400 bâtisses effondrées pour renforcer l’ensemble du tissu urbain, avant de s’atteler à la restauration des maisons mauresques, mosquées et bâti colonial.

Pour faciliter les opérations de restauration, l’Etat se propose de racheter leurs biens aux propriétaires avérés ou de mettre à leur disposition des logements temporaires pendant toute la durée des travaux, pour ceux qui souhaiteraient regagner leurs maisons après les travaux.

En vertu de ce plan, “aucune modification non autorisée par le ministère de la Culture ou ses offices n’est permise”, alors que les “constructions récentes ou illicites” seront tout bonnement “rasées”.

La Casbah d’Alger, bâti colonial compris, totalise actuellement 554 bâtisses dans un en état de “dégradation avancé” dont 188 dans un état de “dégradation extrême” et présentant une menace pour leurs occupants.

Près d’un millier maisons sont, par ailleurs, “moyennement ou superficiellement dégradées”. 120 bâtisses sont en ruine et 120 autres fermées ou murées, mais majoritairement squattées.

Pour lutter contre l’occupation illicite des habitations et assurer la sécurité des restaurateurs, il est prévu la création d’une dizaine de postes de police à l’intérieur du périmètre de la Casbah d’Alger qui s’étend sur 105 hectares.

Assainissement, infiltration capillaire, évacuation des eaux pluviales, alimentation en eau potable et en énergie, autant de problèmes épineux auquel le plan prévoit d’apporter des solutions, en commençant par l’enfouissement de toutes les canalisations et autres câbles, avant de refaire la voirie.

Conçu pour servir de modèle pour d’autres secteurs sauvegardés en Algérie, le Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur de la Casbah d’Alger a bénéficié d’une première tranche de 27 milliards de dinars, environ le tiers du budget global alloué à ce projet.


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