Comme à chaque opération de relogement, nombre de familles exclues ne comprennent pas sur quelles bases les autorités compétentes agissent pour attribuer des logements aux uns et pas aux autres.

Une quinzaine de familles, occupant toujours des habitations précaires datant de l’époque coloniale et sur le site de Béni Mouimène (El Affroun), viennent de se constituer en collectif et ont pris une avocate. Exclues de la dernière opération de relogement des populations occupant des bidonvilles effectuée le 11 octobre 2014 et entrant dans le cadre du programme destiné à la résorption de l’habitat précaire, ces familles, qui se disent lésées, comptent utiliser toutes les voies légales pour faire valoir leurs droits à un logement décent, et ce, à l’instar des autres familles bénéficiaires et qui occupaient les mêmes lieux.

Dans une correspondance datée du 28 avril dernier, adressée au président de la République et dont El Watan détient une copie, les familles écartées de la derière opération rappellent au premier magistrat du pays que c’est l’Etat qui a décidé de démolir les bidonvilles de Béni Mouimène et de reloger ses habitants au niveau de la nouvelle cité des 550 logements.

«Tous les habitants du bidonville ont été relogés, sauf une vingtaine de familles qui ont été laissées sur place, abandonnées comme des citoyens de seconde zone», regrette un quinquagénaire, père de quatre enfants et dont la famille a été exclue de l’opération de relogement. «Même l’alimentation en gaz de ville a été coupée pour des raisons encore obscures.» Un autre père de famille a souligné qu’il a assisté à la pire opération de relogement depuis l’indépendance.

«Les autorités locales prétendent que nous avions bénéficié d’une aide de 50 millions de centimes dans le cadre de l’aide à l’habitat rural pour justifier notre mise à l’écart», fulmine un octogénaire, et de poursuivre : «Qu’ils apportent des preuves et d’éliminer aussi ceux qui ont bénéficié de logement et d’autres aides de l’Etat.» Certains protestataires que nous avons rencontrés sur le site rasé (ils sont recasés juste à côté des gravats, dans de vieilles maisons menaçant ruine) font état de graves dépassements et de violation de la procédure d’établissement de la liste d’attribution de logements.

Un bénéficiaire émigré en Allemagne !

Dans la lettre adressée au président Abdelaziz Bouteflika, les protestataires de Béni Mouimène indiquent que «des bénéficiaires de logement ne sont ni du bidonville, ni de la ville d’El Affroun, ni même de la wilaya de Blida. Des jeunes filles célibataires, des familles possédant des villas, de jeunes célibataires…figurent dans la liste des bénéficiaires». Pis encore, les contestataires révèlent qu’une personne établie actuellement en Allemagne s’est vu attribuer un logement.

Plus grave encore, quatre exclus de l’opération de relogement ont été destinataires de factures (El Watan détient des photocopies) de Sonelgaz, à l’adresse de la cité des 550 logements, l’une du 4e trimestre 2014 et la seconde du 1er trimestre 2015. «Le chef de la daïra nous a expliqué qu’il s’agissait d’une faute de frappe», souligne un locataire ‘‘fictif’’. «Les services de Sonelgaz ne peuvent établir de nouvelles factures sans dossier officiel de nouveaux locataires», explique notre interlocuteur, et de s’interroger : «A-t-on utilisé nos noms pour attribuer des logements à d’autres personnes ?» craint notre interlocuteur. Les contestataires ont adressé une lettre (dont nous détenons une copie) au chef de la daïra d’El Affroun avec une liste de personnes ayant déjà bénéficié, dans le passé, d’un logement ainsi que l’identité de la personne établie en Europe et qui figure parmi les heureux bénéficiaires.

Les laissés- pour-compte de Béni Mouimène ne comptent pas s’arrêter là. En dehors de leur action judiciaire, ils interpellent vivement le président de la République, les ministres de l’Intérieur et de l’Habitat, ainsi que le wali de Blida afin que leurs services diligentent une enquête approfondie et fassent toute la lumière sur ce que les exclus qualifient de «graves dépassements de la part des autorités locales dans l’attribution des 550 logements d’El Affroun». Ils exigent leur rétablissement dans leurs droits. Rappelons enfin que les 550 logements de type socio-locatif situés sur le plan d’occupation n° 07, à la sortie Ouest de la ville d’El Affroun, entrent dans le cadre du programme présidentiel destiné à la résorption de l’habitat précaire.