Au titre de ce plan dont l’adoption définitive n’est qu’une formalité, le gouvernement s’est engagé sur la promotion des droits de l’homme et de la liberté d’expression. «La Constitution révisée en 2016 a souligné davantage l’attachement de l’Algérie à la promotion et à la protection des droits de l’homme, comme en témoignent les nombreux articles qu’elle consacre à ces droits, mais aussi la constitutionnalisation du Conseil National des Droits de l’Homme installé récemment», souligne le document défendu devant les députés par Ahmed Ouyahia. Les slogans contenus dans le plan d’action du gouvernement se confrontent avec une réalité du terrain pas aussi rose que les responsables la dépeignent. En matière de respect des droits de l’homme, beaucoup reste à faire. Le Premier ministre se présentera ce matin devant les sénateurs, alors que l’université d’automne de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), prévue entre le 5 et le 8 octobre prochain, est interdite à Béjaïa. «L’Université d’automne de la LADDH qui devait réunir ses militants et les membres de la société civile des quatre coins du pays autour des défis des droits humains dans notre pays, prévue entre le 5 et le 8 octobre 2017 à Souk El Tenine à Béjaïa n’a pas été autorisée par l’administration ; la demande d’autorisation introduite auprès des services de la daïra de Souk El Tenine a été notifiée par un refus sans aucun motif», a fait savoir Said Salhi, vice-président de la LADDH. D’autres associations se plaignent des lenteurs administratives, voire même de refus de l’administration de renouveler leurs agréments, les livrant à une existence «illégale». Ces derniers temps, notamment en Kabylie, plusieurs conférences ont été interdites. Aussi, des journalistes croupissent toujours en prison, à l’image de Said Chitour emprisonné depuis plus de trois mois et de Slimane Bouhafs. Désespérée quant au sort réservé à son fils, la mère du journaliste Said Chitour a sollicité l’intervention du chef de l’Etat pour libérer son fils «innocent» de la prison et de «ce piège dans lequel il est tombé». «Mon fils Said, journaliste qui collabore avec plusieurs médias anglophones (BBC, Washington Post, France 24, etc.) est incarcéré depuis plus de 100 jours. Il est accusé du crime le plus odieux pour un homme, qui est la trahison de son pays», a-t-elle écrit dans sa lettre à Bouteflika.
Plusieurs organisations ont déjà appelé à la libération du journaliste, ne trouvant aucune oreille attentive. Slimane Bouhafs est quant à lui condamné à trois ans pour des publications sur Facebook. Il est accusé d’atteinte à l’islam et au prophète Mohamed (QLSSSL). L’ONG Amnesty international a appelé récemment les autorités algériennes «à libérer immédiatement et sans condition Slimane Bouhafs». Le gouvernement est, de ce fait, interpellé sur le respect des droits de l’homme, pour traduire sur le terrain ses engagements. Il y a seulement deux jours, l’ONG Amnesty international a exprimé ses inquiétudes quant aux menaces et harcèlements que subissent les défenseurs des droits de l’homme. «Amnesty international est vivement préoccupée par les menaces et le harcèlement que continuent de subir des défenseurs des droits humains, des journalistes et des manifestants pacifiques en Algérie», s’est inquiété le bureau algérien de cette ONG dans un communiqué rendu public avant-hier.

Conseil de la nation: Présentation du plan d’action du Gouvernement

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, présentera, aujourd’hui, une communication sur le Plan d’action du gouvernement devant le Conseil de la nation, après son adoption jeudi dernier à une large majorité, par l’Assemblée populaire nationale (APN). Avec comme feuille de route la concrétisation du programme du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, prônant essentiellement la poursuite de la politique nationale de développement social, le Plan d’action du gouvernement sera débattu, deux jours durant en séance plénière, par les membres de la deuxième chambre du Parlement. Le Premier ministre apportera, quant à lui, ses réponses jeudi prochain aux interrogations des sénateurs qui peuvent émettre une résolution relative à ce plan d’action, plébiscité à l’APN par 341 députés, contre 64 voix contre et 13 abstentions. Avant son adoption et répondant aux préoccupations des représentants du peuple, le Premier ministre a tenu à rassurer que le gouvernement «préservera les acquis» réalisés jusque-là, à travers la politique de subvention actuelle, particulièrement des produits de large consommation subventionnés, ajoutant que l’Algérie poursuivra son développement économique et social, sous la conduite du président de la République, Abdelaziz Bouteflika. A ce propos, M. Ouyahia a rappelé les réalisations de ces dernières années, citant la construction de plus de 100 hôpitaux et établissements de santé publique et quelque 2,7 millions de logements. Mettant l’accent, par ailleurs, sur le recouvrement de la paix et de la stabilité, il s’est félicité que le chef de l’Etat «bénéficie du soutien du peuple et de l’Armée nationale populaire, dont il est le chef suprême». Il a affirmé, sur un autre registre, que la lutte contre la corruption a besoin «de persévérance et de plus de transparence», ajoutant que le Plan d’action du gouvernement «renforcera» la transparence dans la lutte contre ce fléau. Abordant la question de la décentralisation, le Premier ministre a exprimé le souci du gouvernement «de hisser les capacités et prérogatives de l’administration locale pour renforcer et consolider» cette option, tout en exprimant, sur un autre chapitre, «la détermination du gouvernement à remédier aux carences du système éducatif afin d’améliorer la qualité de l’enseignement». Répondant aux préoccupations des députés quant à la situation financière du pays, M. Ouyahia a tenu à rassurer notamment que le recours au financement non conventionnel est sans risques pour l’économie nationale. «Il s’agit d’une affaire de gestion économique pour une période de cinq ans maximum qui dépend de données purement économiques, loin des calculs politiciens», a-t-il explicité. Il a ajouté, à ce propos, que ce recours évitera au pays une crise financière «aiguë», promettant que «le temps prouvera si le gouvernement avait raison ou tort d’adopter cette mesure. Tout en rendant hommage aux partis politiques de la majorité présidentielle (FLN, RND, TAJ, MPA), au groupe parlementaire des Indépendants ayant approuvé le Plan d’action gouvernemental qui leur a été soumis, il a salué «l’opposition civilisée» et «sévèrement» critiqué des partis d’opposition, les qualifiant d’«apprentis de l’opposition».

Source: Le temps le 25-09-2017