Le président du Collège des experts architectes (CNEA) a affiché son scepticisme vis-à-vis du programme d’un million de logements prévu entre 2020-2024. Selon lui, ni le coût des matériaux de construction, ni les capacités des entreprises de réalisation ne le permettent.
Pour les professionnels, le plan d’action de l’habitat présenté récemment en Conseil des ministres, qui prévoit l’engagement d’un nouveau programme d’un million de logements pour la période 2020-2024, est difficile à réaliser, voire impossible. «Nous n’avons pas les moyens pour concrétiser ce projet. Je suis sceptique», affirmait Abdelhamid Boudaoud, hier mardi, au forum du quotidien El Moudjahid, à Alger. Outre le coût élevé des différents matériaux de construction, le président du Collège des experts architectes (CNEA) cite l’insuffisance des entreprises de réalisation et le manque de la main-d’œuvre qualifiée. «Est-ce que nous avons suffisamment d’entreprises de construction capables de réaliser ce quota de logements en si peu de temps ?» s’interroge-t-il.
Rappelant le nombre de 34 mille entreprises de construction révélé par le ministre de l’Habitat, il assure que ce ne sont, pour la majorité, que des registres de commerce.
L’invité du forum déplore, par ailleurs, l’absence d’une stratégie du secteur de l’habitat. Selon lui, le seul et unique ministre à avoir mis en place une stratégie pour ce secteur était celui nommé en 1977, l’année de la création du ministère de l’Habitat. «Il faut mettre en place une stratégie et recenser le patrimoine immobilier national et classer le patrimoine à réhabiliter, à conforter ou à démolir», dit-il.
Il fait ainsi remarquer l’absence de contrôle des chantiers et des projets de construction. «Le contrôle ne se fait pas et nous constatons les dégâts sur le terrain», note-t-il. Pour lui, le problème se pose au niveau des communes et des wilayas.
Il dénonce également les «contrefaçons» dans les chantiers. «Mais où est le bureau d’études pour faire le suivi et le contrôle des travaux ?» s’interroge-t-il. Il considère d’ailleurs que les délais accordés aux bureaux d’études pour les études des projets sont souvent «dérisoires». «Un à trois mois pour un projet de mille logements, c’est insuffisant ! A elle seule, l’étude du sol nécessite beaucoup de temps, sachant que le sol n’est pas homogène et qu’il ne faut pas se contenter de l’étude d’une parcelle», explique-t-il.
Regrettant qu’aujourd’hui, l’architecte soit «marginalisé», voire «effacé», Abdelhamid Boudaoud plaide ainsi pour responsabiliser les techniciens. «Laissez travailler l’architecte dans les normes pour assurer le suivi et le contrôle des travaux, et que le cahier des charges soit respecté», lance-t-il.
Quant à la conformité des constructions, il précise que «toutes les constructions réalisées en Algérie depuis 1963 jusqu’à 2010 n’ont pas de certificat de conformité ni d’acte de propriété, y compris le complexe olympique du 5-Juillet, l’Université USTHB, ou l’hôtel El-Aurassi».
Ry. N. Le soir d’algérie du 29.01.2020


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