Situé à 35 km au sud d’Alger (dans la wilaya de Blida), le site de la ville nouvelle s’étale sur les agglomérations de Bouinan, Amroussa, Mellaha et Hassainia : une superficie de 2175 ha.

La ville nouvelle de Bouinan fait parler d’elle depuis plus de dix ans : «Projet imposé» (selon certains), qui a entraîné le gel, pendant cette période, de toute transaction foncière et une hantise généralisée de l’expropriation. «Un projet qui  piétine  depuis une décennie et des plans d’aménagement qui ne conviennent ni au site ni aux intérêts des habitants de l’ancienne ville», d’après la majorité d’entre eux. Mal informés ou victimes de la rumeur qui se fait plus ravageuse d’année en année, les «Bouinanis» ont vécu cette «réalisation» dans l’angoisse et la peur.

Les autorités de cette daïra (qui ne comprend que deux communes, celle du chef-lieu et celle de Chebli) ont tenu à clarifier cette situation et à lever le voile sur certaines zones d’ombre concernant ce mégaprojet. Rencontres en deux temps, la semaine dernière : l’une avec la presse, par souci de transparence, l’autre avec les citoyens (une foule immense) pour enregistrer leurs doléances et leur expliquer l’ultime plan d’aménagement de la ville nouvelle. Situé à 35 km au sud d’Alger (dans la wilaya de Blida), le site de la ville nouvelle s’étale sur les agglomérations de Bouinan, Amroussa, Mellaha et Hassainia : une superficie de 2175 ha. Les travaux sont prévus entre 2009 et 2020.

La ville abritera 150 000 habitants dans 32 000 logements. Ces chiffres sont à revoir à la hausse puisque certains éléments de l’ancien programme ont été annulés (le terrain de golf prévu, par exemple, dans le premier plan cédera ses 20 ha à d’autres projets).
Sur les plans, la ville nouvelle de Bouinan est divisée en deux secteurs de sept quartiers (chaque quartier est une petite ville en soi, avec toutes les commodités de la vie citadine). Le premier secteur est composé d’un nouveau tissu, alors que le deuxième intègre principalement les tissus urbains des agglomérations existantes. Cette information devrait rassurer les habitants de Amroussa et de Hassaïnia qui craignaient l’expropriation et la démolition.

Pas de démolition d’habitations  

«Dans l’ancien plan d’aménagement, plus de 2000 habitations allaient être démolies, nous signale  Chaïb Eddour Abdallah, chef de la daïra de Bouinan ; aujourd’hui, je vous confirme qu’à Amroussa aucune habitation ne sera touchée. Au lieu de démolir les habitations, le nouveau plan les intègre dans la ville nouvelle.» Ce nouveau plan d’aménagement ne prévoit pas une ville nouvelle qui «écraserait» et remplacerait l’ancienne, comme c’était le cas avec le premier plan qui avait suscité la colère des habitants de l’agglomération de Amroussa (voir El Watan du 19/5/2013). Il intègre les habitations déjà existantes sur le site après leur restauration et leur mise en conformité avec les paramètres prévus par ce projet. La ville nouvelle accueillera une population approximative de 150 000 âmes. Ces chiffres peuvent être révisés à la hausse à cause de certains projets qui ont été annulés (et sur lesquels nous reviendrons plus loin). Il y aura des logements de type habitat individuel (standard) au nombre de 6040, habitat individuel de haut standing (164), habitat collectif de moyenne densité (5905), habitat collectif de haute densité (13 820) ainsi que des immeubles à usage mixte (6025).

Les prévisions du projet  

Le projet prévoit la réalisation d’une ville autonome «à faible émission de gaz carbonique», l’attribution de fonctions spécifiques aux espaces urbains pour faire de Bouinan une ville d’affaires et de finances internationales, hiérarchisation des centres et concentration des fonctions principales, conception du réseau de transport en commun maillé et en boucle (introduction d’un nouveau mode de transport en commun écologique assurant la desserte de l’ensemble de la ville nouvelle : ligne circulaire à double sens d’une longueur de 10 km), délocalisation des équipements collectifs en mettant en valeur les potentialités locales. Le même projet prévoit aussi la fabrication d’industries de pointe (biotechnologique, agroalimentaire, pharmaceutique, environnementale, d’instruments médicaux…) et de la recherche dans différents domaines.

Un Siège d’APC de 18 étages !

Un élément du projet qui suscite cependant l’étonnement et dévoile l’ambition de ses concepteurs : la réalisation du nouveau siège de l’APC à Amroussa (délocalisation de l’état civil) qui coûtera 700 milliards de centimes, une construction imposante de 18 étages, avec une salle de conférences d’une capacité de plus de 1000 places, sur un terrain de quatre hectares ! Selon les orientations de M. le ministre de l’Habitat, Abdelmadjid Tebboune, lors de son dernier passage dans la région, des changements sont à opérer sur l’ancien plan d’aménagement (rejeté aussi bien par les autorités locales que par la population, parce qu’il ne prenait pas en considération les spécificités de la région).

Il s’agit de la préservation du tissu urbain existant, la relocalisation des espaces de centralité de la ville (notamment du centre principal), délocalisation de certains équipements, annulation de la fonction du terrain de golf (un terrain de golf occupant une superficie de 20 ha était prévu dans l’ancien plan : affectation de son assiette foncière à la réalisation de logements et de centres de recherche et de développement, ainsi que la réalisation d’espaces verts), annulation du complexe olympique qui était prévu entre Bouinan et Amroussa, délocalisation de la ligne de chemin de fer vers l’intérieur du terrain élargi pour assurer les liaisons entre les différentes fonctions de la ville et les zones d’extension, révision de la ligne de tramway (il faut préciser qu’aujourd’hui train et tramway à Bouinan sont inexistants), révision de la structure des voies urbaines ainsi que la révision, à la hausse, du nombre de logements.

Après les explications données par les autorités locales autour de ce projet immense et les réactions ainsi que les questionnements légitimes de la part de la société civile, la ville nouvelle de Bouinan a (enfin) vu le jour dans cette salle de réunion bondée d’hommes rassurés. Ces moments de dialogue et de concertation entre autorités et population (civilisées) sont nécessaires. C’est dans ces rencontres entre partenaires responsables que se réalisent les grands projets.
 

Elwatan