Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis en garde les walis, mais aussi les chefs de daïra et tous les responsables locaux, afin de se consacrer, dorénavant, aux préoccupations des citoyens où ils se trouvent. «Le peuple est sorti dans la rue, il y a de cela une année pour dénoncer les dérives, les compromissions et la corruption», a tonné, hier, le président de la République, à l’occasion de la réunion du gouvernement avec les walis, au ‘Club des Pins’ sur la côte ouest d’Alger.

Tebboune a affirmé que la situation n’est plus tenable et que la gestion actuelle des affaires de la cité doit cesser car elle a montré, selon lui, ses limites. «Il faut s’entourer de compétences et mettre fin à la politique d’allégeance aux personnes», a déclaré Abdelmadjid Tebboune, qui appelle également les responsables locaux à rompre avec les anciennes et vieilles pratiques pour rétablir la confiance entre le citoyen et les institutions de l’Etat.

Le chef de l’Etat a interrompu son intervention pour montrer un reportage réalisé par la Télévision algérienne. La vidéo a ému toute la salle. En effet, le reportage présentait des images insoutenables d’Algériens vivant des situations extrêmement difficiles du fait du «laisser-aller» des responsables dans de nombreuses wilayas. La vidéo montrait notamment des enfants contraints de faire plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre l’école qui ne dispose ni de moyens pédagogiques ni de cantine. Le témoignage de certains écoliers a ému les participants à cette première réunion du gouvernement qui a vu la participation de tous les responsables de l’Etat, y compris le chef d’état-major de l’ANP Saïd Benchegriha. «Il y a des citoyens qui vivent encore la période d’avant 1962» a déclaré le président de la République qui a sommé les walis et tous les responsables pour arrêter d’ériger des obstacles devant les citoyens. «Descendez de votre stratosphère et allez rencontrer les citoyens pour régler leurs problèmes», a ajouté Tebboune qui a donné un «Dead line» de 4 mois aux walis pour appliquer ses orientations. «Nous devons poursuivre rigoureusement la lutte contre la corruption et l’abus de fonction», dira encore le président estimant que le citoyen souffrait encore de ce qu’il a qualifié de «petite corruption». «Le citoyen est en droit de bénéficier des services de l’administration et de demander les documents dont il a besoin, sans qu’une quelconque compensation ne lui soit exigée en contrepartie», a fait savoir le président de la République, rappelant à ce sujet, l’existence de pratiques «inacceptables» exercées par l’administration contre le citoyen, ce qui est, selon lui, plus grave que la corruption. «L’abus de fonction dans le but de s’enrichir reste illicite (Haram), d’où l’impératif de lutter contre ce phénomène car nul n’a le droit d’exiger du citoyen une compensation en contrepartie d’un service», a ajouté M. Tebboune, appelant les responsables concernés à honorer leurs engagements vis-à-vis du citoyen qui «sait pertinemment distinguer le véritable responsable, de celui qui veut gagner du temps». Tebboune a cité le dossier d’attribution de logements à Alger où 16.800 certificats de résidence falsifiés avaient été découverts, vendus à 1.500 DA l’unité.

Il s’agit d’un sujet «sensible touchant directement le citoyen», a-t-il dit, appelant à combattre ce phénomène, et ce «quelle que soit la personne impliquée». Tebboune s’est engagé à lutter contre la corruption et les corrompus quel que soit le statut de la personne incriminée. Le président a annoncé également qu’une loi-cadre sera mise en place, avant la fin de l’année, afin de décentraliser les décisions, tout comme il dira que la loi électorale qui sera proposée prochainement va empêcher, dorénavant, l’introduction de l’argent sale dans la vie politique. Le chef de l’Etat a évoqué, également, dans le même cadre la possibilité de la création d’une Cour constitutionnelle qui sera chargée de trancher sur les litiges entre les institutions. Evoquant, par ailleurs, le secteur économique, Tebboune a révélé que la moitié des recettes des exportations algériennes vont dans le paiement de produits surfacturés par des importateurs. «Nous importons même du sable» a tonné le président qui a donné des instructions fermes afin d’arrêter l’importation de tout produit ou matière fabriqués en Algérie. «Cette décision entre en vigueur dès aujourd’hui» a déclaré Tebboune qui appelle à l’élaboration d’une nouvelle politique industrielle et agricole.

Brandissant un dossier, le chef de l’Etat a fait également une révélation fracassante hier. Il soutiendra que durant le mois de janvier 2020 quelque 1.216 milliards de DA ont été accordés à des investisseurs et qu’aucun centime n’a été remboursé. Il dira que la loi sera appliquée dans toute sa rigueur et qu’il allait mettre en place, dès cette année, des textes criminalisant le non-paiement des impôts comme cela est de rigueur dans les autres pays.

Aucune restriction dans la révision constitutionnelle hormis ce qui a trait à l’unité et à l’identité nationale

Evoquant la loi fondamentale le président de la République, a affirmé qu’ «il n’existe aucune restriction’ dans la révision constitutionnelle prévue, hormis ce qui a trait à l’unité et à l’identité nationale. En écoutant récemment un exposé du président du Comité d’experts chargé de formuler des propositions pour une révision constitutionnelle, Ahmed Laraba, sur ce qui a été concrétisé, à ce jour, dans ce domaine, «j’ai insisté sur le fait qu’il n’existe aucune restriction (en la matière) hormis ce qui a trait à l’unité nationale et à l’identité nationale», a précisé le Président Tebboune, dans son allocution, à l’ouverture de la rencontre Gouvernement-walis. Le président de la République a, à cet égard, rappelé que dès sa finalisation, la première mouture de la révision constitutionnelle sera distribuée à tous «afin que la Constitution soit consensuelle», estimant que «tout un chacun est en droit d’émettre un avis, négatif ou positif» sur ce document. La prochaine Constitution «consacrera la séparation des pouvoirs pour définir les missions de chacun. Cela nous permettra de rompre avec les anciennes pratiques et les dérapages de l’autocratie». La révision constitutionnelle prévue intervient dans le cadre de la «nouvelle politique que nous voulons adopter pour opérer le changement», a-t-il dit, ajoutant «nous devons bâtir ensemble, une démocratie réelle et solide, non conjoncturelle et pas sur mesure. Nous empruntons progressivement cette voie» qui aura pour première étape la révision de la Constitution, étant «la base même de la gouvernance dans tous les systèmes».

Enfin le président de la République a mis en garde tous les walis en leur signifiant, clairement, qu’ils allaient lui rendre des comptes dans une année, sur toutes les instructions et les orientations qu’il venait de donner.

lequotidien d’oran du 17.02.2020