Un groupe de souscripteurs du programme de logement AADL 2001-2001 devrait se rassembler ce matin devant la direction de l’Agence à Saïd Hamdine (Alger).

Les protestataires exigeront la fixation d’une échéance pour le paiement de la deuxième tranche du montant du logement (5%). «Nous allons exiger qu’on nous fixe un échéancier de paiement de la deuxième tranche. Nous avons trop attendu lorsque l’on sait que le premier virement a été fait le 5 mai 2013, soit il y a près de deux ans», précise un des organisateurs de ce énième rassemblement des souscripteurs de l’ancien programme appelé AADL 1.

Le directeur général de l’AADL, Lyes Benidir, a déclaré, en début d’année, que jusqu’à fin 2014 plusieurs projets de réalisation de 106 373 logements de type location-vente, destinés aux souscripteurs du programme 2001-2002 ont été lancés. Selon lui, l’opération de distribution sera lancée à partir du deuxième semestre de 2015 et s’achèvera à la fin 2016.

Les dernières déclarations du ministre de l’Habitat, Abdelmadjid Tebboune, n’ont pas rassuré les postulants à cet ancien programme qui sont au nombre de 104 000, dont 78 000 dans la seule wilaya d’Alger. Selon le ministre, l’envoi des convocations se fera en fonction de la livraison des logements. «M. Tebboune a expliqué que ce n’est qu’une fois que le chantier aura atteint un taux d’avancement de 70% que les postulants seront convoqués pour payer la deuxième tranche. Mais il s’avère que les chantiers lancés traînent toujours.

Le plus avancé, au pôle urbain de Ouled Fayet, est à seulement 25% de taux de réalisation. Le ministre a parlé d’en finir avec la crise du logement en 2018. Comment compte-t-il s’y prendre ? Lorsque l’on voit le rythme des travaux, on ne peut qu’être sceptique», estime un souscripteur à l’ancien programme, faisant remarquer que la date de juin avancée pour l’envoi des ordres de virement est «irréalisable», si l’on s’en tient aux déclarations du ministre.

Le désarroi des postulants du programme AADL 1 est grand : certains demandeurs n’ont pas reçu leur convocation pour le paiement alors que d’autres attendent désespérément les résultats d’un recours. «Mon dossier a été rejeté, vu le montant de mon salaire inférieur à la somme exigée de 24 000 DA. Ma situation a changé et j’ai déposé un recours avec le nouveau salaire», relève un demandeur de ce programme qui attend depuis 6 mois l’«arbitrage» sur le recours envoyé via EMS Birtouta.

Les membres du collectif des anciens souscripteurs, qui glanent leurs informations, souvent infondées, sur les réseaux sociaux ou même dans la presse, s’indignent de l’absence de transparence dans la gestion de leurs dossiers. «Le directeur de l’AADL, M. Benidir, ne reçoit jamais les représentants des souscripteurs. Le dialogue a été interrompu. La communication sur les programmes, leur avancement et les délais des chantiers ainsi que l’emplacement des sites est absente», signale un des représentants des souscripteurs.
Paroles, paroles !
Le désarroi quant au «sérieux» du programme AADL n’affecte pas seulement les anciens demandeurs du programme 2001-2002. Quelque 400 000 souscripteurs ont reçu leur ordre de virement, sur un total de 700 000 inscrits.

Aucune date n’est fixée pour le payement de la deuxième tranche. L’AADL, qui a vu son organigramme révisé ces dernières semaines, fait face à plusieurs problèmes persistants et ne pourrait pas en toute logique répondre à la forte demande : absence de foncier et manque d’entreprises de réalisation nationales compétentes, lourdeurs bureaucratiques, organisation interne lourde, etc.

Outre les logements restants de son programme de 230 000 unités, l’AADL prévoit le lancement de 400 000 logements dans le cadre du programme quinquennal 2015-2019. Son plan de charge passe à 630 000 logements avec une moyenne de 105 000 unités à lancer annuellement durant le quinquennat 2015-2019, selon des chiffres du ministère de l’Habitat.

Jusqu’a fin décembre 2014, sur les 230 000 logements prévus par le programme lancé en 2013, l’AADL n’a pu entamer la réalisation que de 96 000 seulement, dont 76 000 en 2013 et 20 000 en 2014, soit seulement 41% du programme. Pour réaliser ces objectifs, note-t-on, cet organisme déléguera les Offices de promotion et de gestion immobilière (OPGI) de certaines wilayas pour prendre en charge ces projets de logements du programme location-vente.

Les soucis de l’Agence pour répondre à la forte demande des souscripteurs contredisent les assurances de sa tutelle et de son directeur, en poste depuis plus de 2 ans et dont des rumeurs persistantes annonçaient le limogeage et le remplacement par un ancien directeur général de l’OPGI de Tiaret. «A partir du moment où un souscripteur a été déclaré éligible à l’octroi d’un logement, le délai d’attente sera d’environ 24 à 34 mois pour prendre possession de ses clés», a annoncé la main sur le cœur M. Benidir.

Alors que le ministre parlait du lancement du programme AADL 3, avant de se rétracter, ni la partie restante du premier programme de 2001-2002 ni le deuxième lancé en 2013 ne devraient être pris en charge dans l’immédiat ou même dans les mois à venir. A Alger, plusieurs sites accueillent le programme de location-vente : Ouled Fayet, avec ses quatre pôles, Aïn El Malha (Aïn Naâdja), Sidi Abdallah, etc.

Sur place, les travaux de réalisation sont presque à l’arrêt. Les milliers de souscripteurs risquent d’attendre plusieurs années encore pour avoir leurs clefs. Le gouvernement, qui a rassuré les Algériens sur le maintien des programmes de logement (déclaration de M. Tebboune en fin d’année dernière), n’a pas adopté le langage de la vérité. Le ministre de l’Habitat continue de «réconforter» les milliers de souscripteurs alors que la situation de son secteur est catastrophique : des programmes sont lancés sans être concrétisés, l’argent des Algériens est collecté mais sans but apparent, etc.

Créée en 1991, l’AADL, établissement sorti de force de sa vocation d’origine en 2001, est soumise à une forte pression : le changement de l’organigramme ne devrait pas lui permettre de relever les grands défis qui l’attendent. Le mécontentement des souscripteurs ira crescendo dans les prochains mois ou même semaines.

Contacté par El Watan, Lyes Benidir n’a pas souhaité répondre, se contentant de nous renvoyer à la direction de communication du ministère de l’Habitat. Cette dernière est aux abonnés absents.

La gestion AADL, l’autre scandale

Les résidants des sites AADL souffrent de la mauvaise gestion. Alors que des charges sont payées rubis sur l’ongle, les colocataires désabusés font face à plusieurs problèmes : dégradation du bâti et des parties communes, insalubrité, pannes récurrentes des ascenseurs, absence de concierges, manque d’espaces de loisirs ou même d’équipements de proximité, etc.
La filiale Gest-Immo est mise en cause dans des affaires et pointée du doigt par le premier responsable du secteur, M. Tebboune.

Du nouveau se profilerait à l’horizon. Une direction adjointe chargée de la gestion immobilière est créée à la faveur du nouvel organigramme annoncé par le ministère de l’Habitat. Cette direction doit contrôler l’activité de l’organisme de gestion du parc immobilier par l’élaboration et la mise en œuvre des règles d’entretien et de maintenance de ce parc, permettant de résoudre les problèmes de sécurité, d’hygiène et des ascenseurs que connaissent actuellement les cités AADL, annonce-t-on.

Cela n’est guère suffisant : au manque d’organisation des colocataires, s’ajoute l’absence d’un bon organisme gestionnaire. L’AADL peut-elle construire, gérer, arbitrer ? Le doute est permis.

 

Source : Elwatan

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