Le scénario est presque toujours le même. Un immeuble sort de terre dans un quartier recherché, les prix sont un peu plus bas qu’ailleurs, le vendeur est sympathique et pressé. On verse une avance « pour réserver », puis une deuxième. Des mois plus tard, le chantier s’arrête, ou pire, les engins de démolition arrivent. Fin novembre 2022, les images d’immeubles démolis à Bordj El Kiffan, construits dans le cadre de fausses promotions, ont choqué le pays. Ces situations ne tombent pas du ciel : elles laissent presque toujours des signaux visibles avant la signature. Cette page les passe en revue, et explique quoi faire si l’on a déjà payé. Elle complète notre guide de la promotion immobilière en Algérie.
Comment fonctionnent les fausses promotions
Le montage le plus répandu part d’un particulier qui possède un terrain. Il obtient un permis pour une « habitation familiale », parfois sur plusieurs niveaux, puis vend les appartements un par un, comme le ferait un promoteur. Sauf qu’il n’a ni agrément, ni inscription au tableau national, ni garantie. Les acheteurs signent au mieux un acte sous seing privé, au pire rien du tout, et se retrouvent propriétaires de droits flous dans un immeuble qui ne sera peut-être jamais régularisé.
D’autres variantes existent. Le vendeur dépose un permis pour quatre étages et en construit sept, en vendant les trois derniers. Ou il construit sur un terrain dont il n’est pas pleinement propriétaire : indivision, simple promesse, terrain domanial occupé sans titre. Parfois, enfin, il n’y a pas de bâtiment du tout, seulement des plans, une maquette et un bureau de vente loué pour quelques mois.
Point commun de tous ces schémas : l’argent change de mains avant qu’un contrat en bonne et due forme soit signé chez un notaire. C’est là que tout se joue.
Ce que dit la loi
La loi n° 11-04 du 17 février 2011 ne laisse pas de zone grise. Nul ne peut se prétendre promoteur immobilier ni exercer cette activité sans agrément et sans inscription au tableau national des promoteurs immobiliers. Seul un promoteur répondant à ces conditions peut conclure un contrat de réservation ou de vente sur plans.
Elle protège aussi l’acheteur contre les paiements anticipés. Le promoteur ne peut exiger ni accepter aucun versement, dépôt ou effet de commerce avant la signature du contrat. Hors contrat de réservation, tout contrat qui oblige à payer avant l’achèvement doit prendre la forme d’une vente sur plans, sous peine de nullité.
Les sanctions suivent. Accepter un versement avant contrat expose à deux mois à deux ans d’emprisonnement et à une amende de 200 000 à 2 000 000 DA. Mettre en vente en violation des règles sur la réservation et la VSP est puni des mêmes peines. Quant à l’exercice sans agrément, il relève de l’article 243 du code pénal, et de l’article 372 sur l’escroquerie lorsqu’il a lésé des acheteurs. Les détails sont sur notre page consacrée à l’agrément de promoteur immobilier.
La consigne donnée aux notaires
En 2025, le ministère de la Justice a adressé une instruction aux notaires, rapportée par la presse. Elle vise précisément les appartements et locaux commerciaux construits par des promoteurs sous couvert d’« habitations familiales ». Les notaires doivent désormais exiger le certificat d’agrément, l’inscription au registre du commerce et l’inscription au tableau national avant de rédiger un acte de vente issu d’une promotion. L’instruction cite un indice : un état descriptif de division comportant un nombre important de lots, en l’absence de déclaration de l’activité, doit alerter.
Pour l’acheteur, c’est une protection supplémentaire, à une condition : passer par le notaire avant de payer, et non après.
Les signaux d’alerte avant de signer
Aucun de ces signaux ne prouve à lui seul une arnaque. Mais chacun justifie de s’arrêter et de vérifier.
- On vous demande une avance, même modeste, avant tout contrat notarié.
- Le paiement se fait en espèces, ou sur le compte personnel d’un particulier.
- Le vendeur ne peut pas, ou ne veut pas, montrer son agrément.
- Son nom est introuvable sur la liste des promoteurs affiliés au FGCMPI.
- L’attestation de garantie présentée ne porte pas le nom du projet, ou il n’y en a pas.
- Le permis de construire est « en cours », ou le nombre d’étages construits dépasse celui du permis.
- Le terrain est en indivision, ou le vendeur n’en est pas le propriétaire inscrit.
- Le contrat proposé est un acte sous seing privé, un « bon de réservation » ou une « promesse ».
- On vous impose un notaire, et on refuse que vous veniez avec le vôtre.
- Le prix est nettement sous le marché du quartier, et on vous presse de décider.
La plupart de ces points se vérifient en quelques jours grâce à notre checklist des documents à exiger avant de payer. Un vendeur honnête ne s’en offusque pas.
La garantie du FGCMPI couvre-t-elle un faux promoteur ?
C’est la question que se posent les victimes, et la réponse est souvent décevante. Le Fonds de garantie et de caution mutuelle de la promotion immobilière protège les sommes versées dans le cadre d’une vente sur plans, en cas de faillite, de disparition ou d’escroquerie du promoteur. Mais il ne couvre que ce qui lui a été déclaré : un promoteur affilié, un projet garanti, un contrat de vente sur plans auquel l’attestation est annexée.
Un vendeur sans agrément n’est pas affilié. Un projet non garanti n’a pas d’attestation. Un paiement versé sur la base d’un bon de réservation n’entre pas dans le dispositif. Dans ces cas, l’acheteur n’a pas de filet collectif et doit agir en justice. D’où l’importance de vérifier l’attestation avant, et non après. Notre page sur le FGCMPI détaille son fonctionnement.
Vous avez déjà payé : que faire
D’abord, ne pas verser un dinar de plus tant que la situation n’est pas clarifiée, quelles que soient les pressions. Ensuite, agir vite, parce que le temps joue rarement en faveur des acheteurs.
- Rassembler toutes les preuves : reçus, virements, messages, publicités, plans remis, nom et coordonnées des interlocuteurs.
- Vérifier la situation réelle du vendeur : présence sur la liste du FGCMPI, existence d’un permis à l’APC, propriété du terrain à la conservation foncière.
- Si vous avez signé une vente sur plans avec attestation de garantie, contacter le FGCMPI pour connaître la procédure applicable.
- Faire constater l’état du chantier par un huissier de justice, notamment s’il est à l’arrêt.
- Consulter un avocat, et se regrouper avec les autres acheteurs du même immeuble : une action collective pèse davantage.
- Si les faits le justifient, déposer plainte auprès du procureur de la République territorialement compétent.
Ces étapes ne garantissent pas de récupérer les sommes versées. Elles maximisent les chances, et permettent surtout d’empêcher que d’autres acheteurs tombent dans le même piège.
Questions fréquentes sur les faux promoteurs
Comment savoir si un promoteur est un faux promoteur ?
Vérifiez son agrément, sa présence sur la liste des promoteurs affiliés au FGCMPI et inscrits au tableau national, l’attestation de garantie du projet et le permis de construire. L’absence de l’un de ces éléments est un signal d’alerte majeur.
Un acte sous seing privé protège-t-il l’acheteur ?
Non. La vente d’un logement à construire doit passer par un contrat de réservation ou de vente sur plans établi en la forme authentique chez un notaire. Hors réservation, tout autre contrat impliquant des paiements avant l’achèvement est nul.
Un particulier peut-il vendre les appartements de sa maison ?
Construire pour vendre des logements relève de la promotion immobilière, qui exige un agrément. En 2025, les notaires ont reçu pour consigne de vérifier l’agrément lorsque des « habitations familiales » sont en réalité vendues en lots.
Le FGCMPI rembourse-t-il les victimes de faux promoteurs ?
Le Fonds couvre les ventes sur plans conclues avec un promoteur affilié et un projet garanti. Un vendeur sans agrément et sans attestation n’entre pas dans ce dispositif.
Que risque un promoteur qui encaisse une avance avant contrat ?
De deux mois à deux ans d’emprisonnement et une amende de 200 000 à 2 000 000 DA, selon la loi 11-04.
Que faire si le chantier est à l’arrêt depuis des mois ?
Rassembler les preuves de paiement, faire constater l’arrêt par huissier, vérifier la garantie du projet, consulter un avocat et, si le projet est garanti, contacter le FGCMPI.
Sources
- Loi n° 11-04 du 17 février 2011, Journal officiel n° 14 (PDF)
- Echorouk : instruction du ministère de la Justice aux notaires (2025)
- TSA : démolitions à Bordj El Kiffan et conseils aux acheteurs
- FGCMPI : site officiel
