Ascenseur en panne depuis des mois, cage d’escalier jamais nettoyée, voisin qui ne paie rien, travaux sur la toiture que personne ne décide : dans beaucoup de cités algériennes, la vie en immeuble tourne au casse-tête. La raison est souvent la même : les règles de la copropriété existent, mais peu de propriétaires les connaissent. Ce guide explique qui possède quoi dans un immeuble, qui gère, qui paie, et comment débloquer une situation.
Ce qu’est une copropriété
Dès qu’un immeuble est divisé en appartements appartenant à des propriétaires différents, il y a copropriété. Chacun possède son appartement en propre, et tous possèdent ensemble le reste : le terrain, les murs porteurs, la toiture, les escaliers, les réseaux. Chaque lot associe donc une partie privative et une quote-part des parties communes.
Cette situation concerne des millions de familles, dans les immeubles de promoteurs privés, les programmes LPP et LPA, les logements sociaux cédés par les OPGI et, à terme, les cités AADL une fois les logements payés.
Les textes qui s’appliquent
Le code civil pose les principes de la copropriété des immeubles bâtis, dans ses articles 743 et suivants. Le décret n° 83-666 du 12 novembre 1983 a fixé les règles relatives à la copropriété et à la gestion des immeubles collectifs. Pour les immeubles issus de la promotion immobilière, la loi n° 11-04 du 17 février 2011 impose un règlement de copropriété, dont le modèle a été fixé par le décret exécutif n° 14-99 du 4 mars 2014.
Ce règlement est remis à l’acheteur avec son acte. S’il n’est pas dans vos papiers, demandez-le au promoteur ou au notaire : c’est lui qui définit vos quotes-parts et vos droits de vote. Notre page sur le règlement de copropriété et l’assemblée générale détaille son contenu.
Parties privatives et parties communes
Les parties privatives sont celles réservées à l’usage exclusif d’un copropriétaire : les pièces de l’appartement, les revêtements, les sanitaires, les menuiseries intérieures, les canalisations qui ne desservent que lui. Chacun les entretient et les modifie librement, tant qu’il ne touche pas à la structure ni à l’aspect extérieur.
Tout le reste est commun : terrain, voies et espaces verts, gros œuvre, façades, toiture, escaliers, ascenseurs, colonnes montantes. Le modèle de règlement de 2014 distingue plusieurs catégories de parties communes, certaines appartenant à toute la résidence, d’autres à un seul bâtiment, d’autres encore à un équipement comme l’ascenseur. Cette distinction compte, parce qu’elle détermine qui paie leur entretien.
Fermer un balcon, poser une grille sur le palier, installer un climatiseur en façade ou transformer une cave en logement : ces travaux touchent aux parties communes ou à l’aspect de l’immeuble, et supposent l’accord de la copropriété, en plus des règles d’urbanisme.
Qui gère l’immeuble ?
La copropriété prend ses décisions en assemblée générale et confie leur exécution à un administrateur, souvent appelé syndic. Ce peut être un copropriétaire bénévole ou un professionnel agréé, l’administrateur de biens, dont l’activité est réglementée par le décret exécutif n° 09-18 du 20 janvier 2009.
Dans la réalité, beaucoup d’immeubles n’ont personne. Un atelier organisé en 2017 par l’Observatoire national de la promotion immobilière relevait qu’on ne comptait alors qu’une centaine d’administrateurs de biens agréés dans tout le pays. Voir notre page sur le syndic et l’administrateur de biens.
Qui paie quoi ?
Chaque copropriétaire contribue aux charges communes : entretien et nettoyage, éclairage des parties communes, gardiennage, ascenseur, assurance de l’immeuble, grosses réparations. La répartition suit le règlement, en général selon la quote-part de chaque lot, calculée sur sa surface, avec des règles particulières pour certains équipements.
Les impayés sont le poison de la copropriété algérienne : quand deux ou trois voisins ne paient pas, les autres finissent par arrêter aussi, et l’immeuble se dégrade. Des voies de recouvrement existent, détaillées dans notre page sur les charges de copropriété.
Comment se prennent les décisions
L’assemblée générale réunit tous les copropriétaires, au moins une fois par an selon le modèle de règlement. Elle vote le budget, désigne l’administrateur et décide des travaux. Les majorités varient selon l’enjeu : une simple décision de gestion ne demande pas le même accord qu’un acte touchant à la propriété des parties communes.
Un conseil pratique : sans assemblée régulière, aucune décision n’est opposable aux copropriétaires récalcitrants. Organiser la première assemblée, avec convocation écrite et procès-verbal, est souvent la clé pour tout débloquer.
Le cas des cités AADL et OPGI
Dans les cités AADL, tant que les logements sont en location-vente, l’immeuble appartient à l’agence. La gestion est assurée par sa filiale Gest Immo, et les charges communes sont facturées avec la mensualité, comme expliqué dans notre guide du paiement AADL sur Gestimmo. Ne pas les payer n’est pas anodin : en août 2025, un contrat de location-vente a été résilié à Sidi Abdellah pour non-paiement des mensualités et des charges communes.
Dans les immeubles OPGI, l’office gère les logements qu’il loue. Quand une partie des logements a été cédée à leurs occupants, l’immeuble devient une copropriété mixte, avec l’OPGI comme copropriétaire parmi d’autres. C’est souvent là que la gestion se complique.
Les conflits les plus fréquents
Premier conflit, l’occupation des parties communes : terrasses privatisées, halls encombrés, caves transformées en locaux. Deuxième, les travaux non autorisés qui fragilisent la structure ou défigurent la façade. Troisième, les nuisances : bruit, infiltrations d’eau d’un étage à l’autre.
La première réponse est collective : une résolution d’assemblée, une mise en demeure de l’administrateur. À défaut, le copropriétaire lésé peut saisir le juge civil. Pour une fuite d’eau venant de chez le voisin, pensez aussi à votre assurance multirisque habitation, qui couvre souvent ce type de dégâts.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une copropriété en Algérie ?
C’est la situation d’un immeuble divisé en lots appartenant à plusieurs propriétaires, chacun possédant son appartement et une quote-part des parties communes.
Quels textes régissent la copropriété ?
Le code civil (articles 743 et suivants), le décret n° 83-666 du 12 novembre 1983 et, pour les immeubles de promoteurs, le modèle de règlement de copropriété fixé par le décret exécutif n° 14-99 du 4 mars 2014.
Qui gère un immeuble en copropriété ?
Un administrateur, ou syndic, désigné par l’assemblée générale des copropriétaires. Ce peut être un copropriétaire ou un administrateur de biens professionnel agréé.
Peut-on fermer son balcon sans autorisation ?
Non, en principe. Ces travaux modifient l’aspect extérieur de l’immeuble et supposent l’accord de la copropriété, en plus du respect des règles d’urbanisme.
Les locataires AADL paient-ils des charges ?
Oui. Les charges communes sont facturées par Gest Immo avec la mensualité, et leur non-paiement peut conduire à la résiliation du contrat de location-vente.
Sources
- Journal officiel (JORADP) : code civil, décret n° 83-666 du 12 novembre 1983, loi n° 11-04 du 17 février 2011, décret exécutif n° 09-18 du 20 janvier 2009
- Décret exécutif n° 14-99 du 4 mars 2014 fixant le modèle de règlement de copropriété
- Lkeria : recommandations de l’atelier de l’ONPI sur la gestion immobilière (2017)
- Le Courrier d’Algérie : contrat AADL résilié pour impayés de mensualités et de charges





